Chargé de recherche CNRS à l’Institut Élie Cartan de Lorraine , Alexandre Afgoustidis est lauréat 2026 de la médaille de bronze pour ses apports en théorie des représentations. Ses recherches ont notamment permis d’établir et de clarifier la correspondance de Mackey pour les groupes réductifs réels, apportant une réponse à une question ouverte depuis plusieurs décennies.

« Mon parcours scolaire n’a rien de bien original pour un mathématicien français. Au lycée, puis au début de mes études supérieures, j’aimais les mathématiques, mais on ne peut pas dire qu’elles m’attiraient par-dessus tout », confie Alexandre Afgoustidis. Formé en classes préparatoires puis à l’École normale supérieure de Cachan, il s’oriente progressivement vers la recherche après une thèse à l’interface entre mathématiques et neurosciences. De 2015 à 2020, il exerce comme professeur agrégé à l’université Paris-Dauphine, une expérience qu’il décrit comme « très enrichissante », avant de rejoindre le CNRS en 2020.
Ses travaux portent sur la théorie des représentations des groupes de Lie, un domaine qui mobilise la notion de symétrie pour étudier des phénomènes mathématiques et physiques. Il s’intéresse notamment aux représentations des groupes réductifs réels et de leurs variantes p-adiques. « L’un des thèmes généraux de mes recherches, c’est ce qui se passe quand on essaie de cartographier toutes les représentations possibles d’un groupe donné », précise-t-il.
J’essaie d’utiliser les symétries pour faire des prédictions – ou plutôt, j’essaie d’améliorer les outils mathématiques qui permettent d’utiliser les symétries pour faire des prédictions.
Alexandre Afgoustidis
Il a ainsi proposé un paramétrage nouveau, inspiré d’idées proposées par George Mackey dans les années 1970, puis prolongées par Nigel Higson dans les années 2000, permettant de relier des objets mathématiques complexes à des structures plus simples. Ces travaux ont conduit à une construction complète de la correspondance de Mackey, conjecturée depuis les années 1970, et à une nouvelle démonstration de la conjecture de Baum-Connes pour les groupes réductifs réels. Ses recherches s’inscrivent également dans le cadre du programme de Langlands, où il a contribué à clarifier et résoudre des questions posées il y a plusieurs décennies.
« Plus j’avance, plus je m’éloigne des applications qu’on appelle d’habitude concrètes », observe le chercheur, tout en soulignant l’unité profonde des mathématiques et les liens entre leurs différentes branches. « C’est comme pour la météo : il y a des gens qui utilisent des mathématiques pour prédire le temps qu’il va faire… et d’autres personnes qui ne sont pas directement impliquées dans les prédictions, mais qui améliorent les mathématiques derrière ces prédictions », conclut-il.
La médaille de bronze du CNRS vient aujourd’hui récompenser l’ensemble de ses contributions, ainsi que son engagement dans la transmission et la vie collective de la recherche. Une distinction qu’il reçoit avec humilité, y voyant avant tout « un encouragement à continuer d’essayer d’être utile».
J’ai l’impression d’avoir été beaucoup soutenu à tous les endroits où je suis passé, y compris dans les moments qui n’étaient pas les plus faciles (il y en a eu, et il y en aura !), y compris par des collègues qui travaillent sur des mathématiques très différentes. L’idée de communauté mathématique est très concrète pour moi.
Alexandre Afgoustidis
Article source : CNRS Mathématiques